samedi, 21 novembre 2009
Les services publics en Suède vus par une française
Vivant en Suède depuis plus de dix ans, je suis avec un vif intérêt l’évolution de mes deux pays. Je constate que la France prend le chemin de la Suède en matière de services publics malgré les cris et protestations syndicales et politiques.
La poste : il y a encore 15 ans, j’aimais me rendre aux DEUX bureaux de poste de Mora. Celui du centre de la ville était grand et clair. On pouvait s’y asseoir pour écrire ou attendre, acheter de jolies cartes postales, du scotch. Il y avait un, voire deux préposés… Lettres et paquets nous attendaient bien rangés… Le second bureau était petit. Il a fermé le premier. Avant de fermer, il ne vendait déjà plus de timbres. Il a fallu les acheter à la grande surface contigüe, ce qui m’avait amenée à demander à la préposée à la poste si, en ce cas, elle pouvait me vendre des saucisses. Elle n’avait pas ri du tout. Il n’y a plus de bureau de poste à Mora. On prend la queue à une petite surface et la caissière, entre viande ou légumes, cherche votre recommandé ou affranchi le paquet à envoyer… Derrière elle, tout s’entasse. Seul avantage, le magasin est ouvert de 9 à 21 heures, dimanche compris. Que l’on m’explique pourquoi une lettre vers le France coûte le double (oui !) du trajet France-Suède et met de longs jours à arriver à destination . Quant aux paquets, le coût est affolant même au tarif le plus « économique »… et chaque année, un ou deux paquets envoyés ne sont jamais arrivés à destination. Une précision encore : ici, la poste ne s’occupe que des lettres ou paquets, en aucun cas d’argent.
L’électricité : Nous avons « le choix » entre diverses compagnies privées. Comme bien des suédois, je n’y comprends rien. Il y a deux différentes factures : l’une pour le réseau et l’autre pour la consommation.
L’enseignement : Les communes doivent tout payer : locaux, enseignants, livres etc. mais suivent bien sûr les programmes officiels. Comme les communes n’ont pas toutes les mêmes revenus, la disparité règne. Les livres datent souvent. Les écoles de village ayant moins de 30 élèves ferment et je les fais rêver en parlant de nos classes uniques avec dix élèves…Skattungbyn a gagné en luttant durement : l’école, fermée en août, va rouvrir en janvier : son fonctionnement autogèré (friskola) sera financé par la commune. Je ne comprends toujours pas pourquoi encore aujourd’hui. Il y a en Suède très peu d’écoles privées.
Le transport ferroviaire :Il y a désormais plus compagnies de trains et ça marche assez bien MAIS il n’a aucun nouvel investissement. Ca roule…. Sans plus.
Les soins : Une amie médecin ici s’écria un jour « Mais la France va à la banqueroute !! » après avoir appris comment fonctionne notre système de santé. Elle n’a probablement pas tort. La France est si endettée qu’elle est déjà sur la voie de la banqueroute et pas seulement pour les soins !
Pas de secteur privé ici (ou si peu dans les grandes villes). S’il y a un peu de privé, il faut en payer tout le prix (consultation, radios etc). Aucune visite à domicile. On ne voit jamais le même médecin. D’où des avis différents… Pas de SAMU. Des délais d’attente impressionnants : deux ans pour une opération de hanche voire plus. Mora n’a aucun ophtalmo. Je ne peux obtenir de RV. C’est ainsi. J’attends un bilan cardiaque depuis sept semaines et même diabétique et handicapée, pas de RV de diététicienne. Il n’y a pas de « ressources » pour ça. Je m’amuse de voir qu’en France, pour LA vaccination, chaque personne doit parler d’abord avec un médecin. Ici, j’ai rempli un formulaire et hop, le vaccin. Les médecins sont rares, souvent étrangers. Difficile souvent de se comprendre. Ils n’ont pas de temps de nous revoir après des examens ou des radios. On reçoit les résultats par la poste ou par téléphone. Tant pis pour le choc. On paie aussi. Cela dit, pas plus qu’en France où il faut payer chaque mois sa mutuelle complémentaire. Si ce système m’accable, je trouve intéressant que l’on se prenne en charge seul pour un gros rhume ou un problème banal ou même pour le suivi de son diabète. Je trouve que la France pourrait éviter ces consultations dues à de petits problèmes, ces consultations ou soins à domicile souvent sans raisons, ces examens inutiles et renouvelés par divers praticiens, ces transports en ambulances prescrits à outrance, ces actes de kiné sans que le patient assume seul ses exercices chez lui (30 séances pour un petit doigt m’a-t-on raconté), ses toilettes à domicile par infirmière diplômée pour des personnes handicapées non-malades et j’en passe. Mais en fait, la population est-elle en plus mauvaise santé qu’en France ? En tout cas, même si elle se plaint et très moyennement d’ailleurs, elle accepte, ne rate jamais un RV, se fait vacciner et sait que l’état ne peut pas tout payer et fait pour le mieux.
Voilà. Mon prochain blog sera consacré … aux anges et à Noël dans la tradition suédoise. A paraître après la Sainte Lucie, donc après le 13 décembre.. A bientôt et merci pour votre fidélité.
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